Les poils et l’épilation à travers les époques : Voyage intime dans l’Histoire du corps féminin

Parce que ton corps a une histoire — et elle est bien plus fascinante que ce que la pub veut te faire croire.

On te dit qu’être “féminine”, c’est être lisse. On te vend des rasoirs roses, des crèmes miracles, des épilations “définitives”. On te fait croire que le poil, c’est sale, c’est masculin, c’est inacceptable.

Mais si je te disais que cette obsession est très, très récente ?

Que pendant des millénaires, les femmes ont vécu dans leur corps sans se poser la question de savoir si leurs poils les rendaient “acceptables” ou non ?

Aujourd’hui, je t’emmène dans un voyage à travers le temps et les civilisations. Pour comprendre d’où vient cette norme. Pour te rappeler que ton corps t’appartient — et qu’il a toujours eu le droit d’exister tel qu’il est.

L’Antiquité : quand l’épilation était déjà une affaire culturelle

En Égypte ancienne : la peau lisse comme idéal de pureté

Les Égyptiennes s’épilaient — et pas qu’un peu.

Pour elles, le poil était associé à l’impureté, à l’animalité. La peau lisse symbolisait la propreté, la divinité même. Les prêtresses se rasaient entièrement le corps, cheveux compris.

Méthodes utilisées :

  • Rasoirs en bronze ou en silex
  • Pâtes dépilatoires à base de miel, sucre et huiles
  • Pincettes artisanales

💡 Fait marquant : Cléopâtre elle-même aurait pratiqué l’épilation au sucre — ancêtre de notre sucre moderne.

En Grèce antique : l’épilation, signe de civilisation

Chez les Grecs, le corps masculin athlétique était glorifié… mais le corps féminin aussi devait répondre à certains codes.

Ce qu’on épilait :

  • Le pubis (considéré comme plus “jeune”, plus esthétique dans l’art)
  • Le duvet du visage
  • Parfois les aisselles

Pourquoi ? Parce que le poil était vu comme un signe de bestialité. L’humain civilisé se distinguait de l’animal par le soin apporté à son corps.

Méthodes :

  • Pâtes à base de résine et de cire d’abeille
  • Flamme (oui, on brûlait les poils… aïe)
  • Pierre ponce pour frotter la peau

À Rome : entre hygiène et statut social

Les Romaines riches s’épilaient pour montrer leur rang social. Une peau lisse = du temps libre, de l’argent, des esclaves pour s’occuper de toi.

Les femmes du peuple ? Elles avaient autre chose à faire.

Innovations romaines :

  • Les strigiles (lames courbes pour racler la peau)
  • Les bains publics où l’on prenait soin de soi collectivement
  • Les premières “esthéticiennes” professionnelles (cosmetae)

💬 Anecdote croustillante : Pline l’Ancien recommandait un mélange de sang de chauve-souris et de bile de hérisson pour ralentir la repousse. Charmant.

Le monde musulman médiéval : l’épilation comme rituel de purification

Dans les cultures islamiques médiévales, l’épilation n’était pas un diktat de beauté — c’était une pratique spirituelle.

L’épilation fait partie de la fitrah (nature saine, pureté naturelle)

Hommes et femmes étaient encouragés à :

  • Épiler les aisselles
  • Épiler le pubis
  • Tailler la moustache (pour les hommes)
  • Se couper les ongles

Pourquoi ? Propreté rituelle, hygiène, préparation à la prière.

Méthode phare : le halawa (épilation au sucre)

Une pâte naturelle à base de sucre, citron et eau — encore utilisée aujourd’hui au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Efficace, douce, et 100 % naturelle.

💡 Ce qui change tout : Ce n’était pas une injonction genrée. Les hommes s’épilaient aussi. Le poil n’était pas “masculin” ou “féminin” — il était juste une question d’hygiène personnelle.

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Le Moyen Âge européen : le poil, on s’en fiche (presque)

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les femmes du Moyen Âge ne passaient pas leur temps à s’épiler.

Pourquoi ?

Le corps était vu à travers un prisme religieux. La chair était secondaire. Le poil ? Naturel, donc normal.

Mais… certaines s’épilaient quand même

Surtout le visage :

  • Le front (un front très haut = signe de noblesse)
  • Le duvet des tempes
  • Les sourcils (parfois complètement rasés pour les redessiner)

Méthodes :

  • Pincettes
  • Pâtes à base de chaux vive, vinaigre, plantes
  • Parfois des mélanges dangereux (arsenic, orpiment…)

⚠️ Oui, ça brûlait. Oui, c’était toxique. Mais l’idéal de beauté valait bien quelques sacrifices.

💬 Point culture : Les bains publics existaient au début du Moyen Âge. Les femmes prenaient soin d’elles, mais sans l’obsession moderne de la peau glabre.

La Renaissance : la peau lisse devient un art

Avec la Renaissance, tout change.

La beauté devient une obsession aristocratique

Peau pâle, lisse, presque irréelle. Le poil ? Trop “animal”, trop “vulgaire”.

Ce qu’on épile :

  • Le front (parfois jusqu’à mi-crâne pour allonger le visage)
  • Les sourcils (très fins, presque invisibles)
  • Le duvet du visage

Inspiration : Les portraits de Botticelli, Élisabeth Ire d’Angleterre (front immense, sourcils quasi inexistants).

Méthodes :

  • Recettes maison (plantes, cendres, parfois arsenic…)
  • Rasoirs artisanaux
  • Poudres abrasives

⚠️ Danger réel : Beaucoup de ces produits étaient toxiques. Certaines femmes se sont empoisonnées pour être belles.

💡 Mais attention : L’épilation corporelle (jambes, aisselles, pubis) n’était toujours pas une norme. Le corps restait caché sous les vêtements.

Les époques suivantes : du baroque au XIXe siècle

Baroque et Rococo (XVIIe–XVIIIe siècle)

Les perruques explosent, le maquillage devient extrême, mais le corps ? Toujours sous les jupons.

L’épilation reste rare, réservée au visage dans les classes aisées.

XIXe siècle : l’hygiénisme et les prémices du changement

Avec la révolution industrielle, les discours médicaux sur l’hygiène explosent.

On commence à dire que le poil “retient les odeurs”, qu’il est “sale”.

Mais l’épilation généralisée ? Pas encore. Les femmes portent encore des robes longues, des manches longues. Le corps reste invisible.

Le XXe siècle : la naissance de l’injonction moderne

C’est là que tout bascule.

Années 1910–1920 : la mode change, le corps se dévoile

Les robes raccourcissent. Les manches disparaissent. Les jambes, les aisselles deviennent visibles.

Et l’industrie de la beauté débarque.

En 1915, la marque Gillette lance le premier rasoir “pour femmes” : le Milady Décolleté.

Les publicités commencent à marteler :

  • “Des aisselles lisses pour être féminine”
  • “Des jambes douces pour séduire”
  • “Le poil, c’est masculin”

💬 Le message : Ton corps naturel n’est pas acceptable. Il faut le corriger.

Années 1940–1960 : l’épilation devient une norme

Avec les pin-ups, le cinéma hollywoodien, les magazines féminins, l’injonction se renforce.

Les femmes “modernes” s’épilent. Celles qui ne le font pas ? Elles sont vues comme négligées, peu féminines.

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Années 1970 : la résistance féministe

Le mouvement de libération des femmes remet en question ces normes.

Le poil devient politique.

Ne pas s’épiler = reprendre le contrôle de son corps, refuser les diktats patriarcaux.

Mais cette résistance est vite écrasée par…

Années 1980–2000 : l’explosion de l’industrie de l’épilation

Cire, laser, épilation définitive, crèmes, rasoirs multi-lames…

L’industrie pèse des milliards.

Et un nouveau coupable apparaît : la pornographie mainstream.

Avec l’essor d’Internet, la vulve glabre devient la norme visuelle. Les jeunes générations grandissent en pensant que c’est “comme ça que ça doit être”.

Ailleurs dans le monde : des rapports très différents au poil

En Asie (Japon, Corée, Chine)

Historiquement, le poil corporel est moins dense génétiquement.

L’épilation n’a jamais été une obsession majeure — jusqu’à l’influence occidentale récente.

Aujourd’hui, sous l’influence de la K-beauty et J-beauty, l’épilation se démocratise, mais elle reste moins systématique qu’en Occident.

En Afrique

Les pratiques varient énormément selon les cultures.

Dans certaines régions, l’épilation du pubis fait partie des rites de passage à l’âge adulte.

Dans d’autres, le poil est parfaitement accepté.

En Inde

L’épilation au fil (threading) est une tradition millénaire, surtout pour le visage.

Mais là encore, l’épilation corporelle généralisée est une influence récente.

Ce qu’il faut retenir (et ne jamais oublier)

L’obsession moderne de l’épilation est une construction récente

Elle explose surtout au XXe siècle, portée par l’industrie, la mode, la publicité et la pornographie.

Avant, le poil était… normal

Parfois enlevé pour des raisons esthétiques, religieuses ou médicales. Jamais obligatoire. Jamais une condition de ta féminité.

Les femmes vivaient dans leur corps, pas contre lui

Elles ne se demandaient pas si elles étaient “acceptables” avec des poils.

Elles existaient. Point.

Aujourd’hui : réapproprie-toi ton corps

Tu t’épiles ? Parfait. Tu ne t’épiles pas ? Parfait aussi. Tu fais les deux selon ton humeur ? Parfait encore.

Ce qui compte, c’est que ce soit TON choix.

Pas celui de ton mec, de ta mère, de la pub, d’Instagram ou de l’industrie de la beauté.

Ton corps t’appartient. Il a une histoire. Il a le droit d’exister exactement comme il est.

Et toi, quel est ton rapport à l’épilation ? Tu le vis comme une contrainte, un plaisir, un choix ? Viens m’en parler en commentaire 💬✨

FAQ : Tes questions sur l’épilation et les poils

Depuis quand les femmes s’épilent-elles ?

L’épilation féminine existe depuis l’Antiquité. Les Égyptiennes s’épilaient déjà il y a plus de 4000 ans avec des pâtes à base de miel et de sucre. Les Grecques et les Romaines pratiquaient également l’épilation. Cependant, l’injonction à s’épiler le corps entier (jambes, aisselles, maillot) est très récente : elle date du début du XXe siècle, avec l’apparition des premiers rasoirs féminins en 1915.

Pourquoi l’épilation est-elle devenue “obligatoire” pour les femmes ?

L’épilation corporelle est devenue une norme sociale au XXe siècle pour plusieurs raisons : l’évolution de la mode (robes courtes, manches courtes), l’industrie de la beauté qui a créé un marché, les magazines féminins, le cinéma hollywoodien, puis la pornographie mainstream qui a imposé la vulve glabre comme standard visuel. C’est une construction marketing et sociale, pas une nécessité naturelle.

Comment s’épilaient les femmes dans l’Antiquité ?

Dans l’Antiquité, les femmes utilisaient plusieurs méthodes : des rasoirs en bronze ou silex, des pâtes dépilatoires à base de miel, sucre et huiles (ancêtre de l’épilation au sucre), des pincettes, de la cire d’abeille mélangée à de la résine, et même la flamme. La pierre ponce était aussi utilisée pour frotter la peau.

Qu’est-ce que le halawa (épilation au sucre) ?

Le halawa est une méthode d’épilation traditionnelle originaire du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. C’est une pâte naturelle composée de sucre, citron et eau, chauffée puis appliquée sur la peau. Cette technique millénaire, aussi appelée “sugaring”, est réputée plus douce que la cire et 100% naturelle.

L’épilation fait-elle partie des pratiques islamiques ?

Dans la tradition islamique, l’épilation des aisselles et du pubis fait partie de la “fitrah”, les pratiques d’hygiène naturelle recommandées. Cette pratique concerne aussi bien les hommes que les femmes et relève de la propreté rituelle, pas d’un diktat de beauté genré.

Est-ce normal de ne pas vouloir s’épiler ?

Absolument. L’injonction à s’épiler est une construction sociale récente, pas une obligation naturelle ou médicale. Pendant des millénaires, les femmes ont vécu avec leurs poils sans que cela pose problème. Aujourd’hui, le choix de s’épiler ou non t’appartient entièrement — c’est ton corps, ta décision.